Bangui : l’ambassadeur de France parmi les déplacés internes du nord

Bangui, 21 novembre (RJDH)–A l’invitation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), l’ambassadeur de France en Centrafrique, Serge Mucetti, a visité trois camps de déplacés internes dans la région de Batangafo et de Kaga-Bandoro (nord), le 15 novembre dernier. Celui-ci affirme être allé voir personnellement l’exécution des projets financés par la France en faveur de ces personnes vulnérables. Mais il dit avoir été impressionné par le courage et la dignité de ces victimes.

« Ce que nous avons vu sur place, c’était une grande situation de détresse, de souffrance. Mais face à cette situation, nous avons rencontré des hommes et des femmes qui font preuve d’un grand  courage et d’une grande dignité », a indiqué Serge Mucetti dans un entretien exclusif avec le RJDH, le mardi 20 novembre à Bangui.

Les deux camps visités aux alentours de la ville de Batangafo, à savoir Bobazi et Kakouda, abritent environ 5 700 personnes qui ont quitté leurs villages, en partie détruits par des transhumants en février 2012. A Kaga-Bandoro, c’est le site de Nana-Outa qui accueille plus de 3 000 déplacés. Il s’agit des civils  qui ont fui leur village pendant l’opération militaire des forces armées centrafricaine et tchadienne contre les positions des hommes du chef rebelle tchadien, Abdel Kader Baba-Laddé, en janvier dernier. Leurs villages ont été pour la plupart détruits. Ces déplacés bénéficient de l’assistance humanitaire du CICR, sur un financement de la France,  et d’autres organisations humanitaires.

Des sinistrés non désespérés

L’ambassadeur de France, qui était accompagné de M. Xavier Hénaut, attaché de coopération, témoigne avoir vu dans les deux premiers camps des personnes sinistrées mais qui sont pourtant pleines d’espoir. Des gens qui veulent, le plus vite possible, retrouver leur autonomie. « Ils considèrent que l’aide qui leur est apportée par le CICR, soutenu par des bailleurs de fonds, est une bonne chose, mais cela ne peut être que provisoire. Ils veulent rentrer chez-eux, ils veulent reconstruire leur maison, ils veulent cultiver leur champ, ils veulent que leurs enfants aillent à l’école, ils veulent que leurs anciens retrouvent leurs racines (…), ils veulent retourner le plus vite possible à des conditions normales d’existence », constate-t-il.

« Ceux du troisième camp (Nana-Outa) sont lassés d’avoir à reconstruire leur habitat, à chaque fois qu’il est détruit par des bandes armées, et ont pris la décision de s’établir dans ce camp et de la transformer en village », rapporte-t-il. Dans cet espoir de reconstruction, ces populations lointaines pensent tout de même à l’instruction de leurs enfants, malgré les  conditions difficiles et le manque de structures d’accueil, de matériel et de personnel enseignants.

Dans un des camps visités, il existe une toute petite école construite en paille par des parents pour l’éducation de leurs enfants, avec un instituteur qui leur enseigne le français. Pour Serge Mucetti, c’est une ‘’Francophonie militante’’, une ‘’Francophonie énergique’’ et une volonté affichée qu’il faut encourager.

« J’ai pris l’engagement d’aider cette petite école (…). J’aimerais bien parrainer cette petite école parce qu’elle constitue vraiment un modèle, un symbole de la vitalité d’une population à travers l’accès au savoir et à la connaissance. Ils ont compris dans ce coin  reculé de la brousse que pour s’en sortir,  il fallait que les enfants aillent à l’école. C’est un symbole magnifique », estime-t-il.

Une mission à vocation sanitaire

Le directeur de l’Institut Pasteur de Bangui, le Dr Mirdad Kazanji faisait également partie de cette mission. Le but étant de constater également l’état sanitaire de la population déplacée afin d’éviter d’éventuelles épidémies.

« Dans le domaine scientifique et médical, il est connu qu’à chaque fois qu’il y a regroupement ou déplacement de la population, il y a un risque épidémique. On voit cela  dans les cas d’épidémie du choléra. Typiquement par exemple en RCA, il y a eu pas mal de mouvements des populations dans le sud de la République démocratique du Congo et la Centrafrique, il y a eu l’épidémie du choléra, il y a deux ans », a précisé le Dr Kazanji.

Il a fait avoir qu’il existe un hôpital de MSF (Médecins sans frontières) dans la zone et qui prend en charge différents aspects médicaux, et avec qui l’IPB travaille pour améliorer la santé des personnes déplacées internes. « Nous avons, par exemple, cette année, détecté plusieurs cas de variole de singe qui circule dans cette région. Nous avons identifié pour la première fois ce type de virus dans le nord de la RCA grâce à cette collaboration MSF-Institut Pasteur dans ce contexte », a-t-il souligné. L’Institut Pasteur de Bangui entend, après cette visite, poursuivre la collaboration avec MSF, notamment en matière d’appui médical et matériel, de vaccins pour une meilleure couverture vaccinale des enfants.

Interrogé sur le but de la mission humanitaire qu’il se donne, l’ambassadeur de France en Centrafrique, Serge Mucetti, a relevé qu’un ambassadeur n’est pas seulement quelqu’un qui vit dans son bureau de façon confortable. « C’est le représentant d’un pays qui doit aussi aller voir par lui-même, dans des camps, dans des quartiers, au milieu de la population près des réalités. Et la réalité il faut aller la constater, la considérer, l’approcher là où elle est », a-t-il relevé.

Par Jérémie Soupou

 

 

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