Bangui : L’état des écoles très déplorable en République Centrafricaine

Des élèves en Centrafrique

Bangui, 26 février 2013 (RJDH) – Les conditions d’étude deviennent de plus en plus déplorables dans les établissements primaires sur l’ensemble du territoire centrafricain. Dans la ville de Bangui comme dans certains  établissements à l’intérieure du pays, le constat est identique. L’école Malimaka dans le 5ème arrondissement est le reflet de la plupart des écoles de la capitale.

Sur les  huit salles de classe utilisées pour les cours,  six n’ont pas de table-bancs. Les élèves sont assis à même-le-sol pour suivre les enseignements. Un constat fait par le RJDH à l’école Malimaka, à l’occasion de la journée de l’enseignement déroulée la semaine dernière dans les établissements primaires.

Une cour de la recréation très sordide, servant du dépotoir et toilettes au public, les portes et les fenêtres emportées par la population environnante, les salles de classe sont utilisées comme des lieux de passe-temps pour des personnes  mal intentionnées, tel est le cliché de l’école Malimaka.

« Nous sommes obligés de laver tous les matins notre salle de classe, des matières fécales et des préservatifs usagés avant de commencer les cours. On ne trouvera jamais de solution si le gouvernement et le ministère de l’Education nationale ne remettent pas en place le portail de la clôture, les portes et les fenêtres de nos salles de classe », s’est plaint un élève de la classe de CM2 interrogé par le RJDH.

Il est revenu, ému pour dire que tous les enfants de son école sont là pour apprendre à lire, à compter et à écrire et non pour nettoyer les ordures des grandes personnes tous les matins. « Si la population de Malimaka pense à notre bien-être, elle n’allait pas nous imposer cette sale besogne que nous faisons tous les matins, puisque nos conditions d’études sont déjà déplorables », a-t-il dit.

Ces élèves sont assis, soit sur une pierre pour ceux qui sont au fond de la classe afin d’avoir une position haute leur permettant de bien regarder au tableau, soit sur un bout de tissu pour éviter de salir leurs habits, parfois sur des étoffes des habits empilés pour adoucir la dureté et la fermeté du sol, ou sur un morceau de bois. Les plus fortunés apportent eux-mêmes leurs petits tabourets ou leurs bancs de la maison.

Une situation difficile à gérer par l’administration de l’école Malimaka

Les deux directions et le personnel enseignant de l’école Malimaka qui n’ont pas voulu  se prononcer sur la question, ont toutes fois souligné que c’est depuis des années que cette situation perdure.

Le RJDH a pu relever que dans toutes ces six salles de classe utilisées pour dispenser les cours, il y a seulement six tables-bancs qui sont tous en mauvais état. Ces tables-bancs sont utilisés par les enseignants qui, la plupart de temps évitent de s’assoir dessus de peur de s’affaler devant les élèves.

Ce cas de figure se retrouve dans plusieurs écoles de la capitale. Certains parents sont obligés de confectionner eux-mêmes les tables-bancs, les tabourets ou les bancs en bois pour leurs enfants, que ceux-ci les transportent tous jours, entre la maison et l’école.

Un autre cas se présente à l’école Galabadja située dans le 8ème arrondissement.  Cet établissement quant à elle dispose de 17 salles de classe qui sont garnies de tables-bancs. Mais il y a de bémols à un certain nombre de niveaux d’étude. L’école qui compte environ 6 000 élèves ne  dispose  que 17 enseignants, y compris les contractuels.

« Nous avons un problème d’enseignants dans notre école. Nous avons des salles de classe qui ne sont pas encore occupées. Un projet financé par le gouvernement japonais avait mis à la disposition de notre établissement huit salles de classe et quelques tables-blancs mais avec tout cela, nous avons encore des difficultés. On retrouve six élèves sur un tables-bancs de trois places. Il y a également un problème de matériel didactique », a déclaré Jérémie Djaldjé, directeur de l’école Galabadja garçons.

Le ratio de nombre d’élèves par enseignant étant largement dépassé ne favorise pas une bonne condition de travail pour les enseignants. Le coefficient normal en Centrafrique est de 120 élèves pour  un enseignant. Mais maintenant, il  avoisine 150 à 200 élèves par enseignants.

La même source souligne que l’effectif pléthorique des élèves rend la tâche difficile aux enseignants ce qui fait qu’un enseignant n’a pas souvent l’occasion de suivre correctement chaque élève. « Cette situation fait que parfois le taux d’échec est très élevé pour la simple raison que l’effectif des élèves ne permet pas aux enseignants de voir les failles de leurs enseignés », a-t-il jouté.

Les écoles des provinces sont les plus touchées

Plus de 166 263 enfants n’ont pas accès à l’éducation dans les villes occupées par la rébellion de la Séléka et plus de 2 178 enseignants qui se trouvent dans des situations sécuritaires précaires ne dispensent pas de cours aux enfants. Un bilan fait par Henry Sylvain Yakara, administrateur national chargé des affaires humanitaires du Bureau de l’organisation des Nations Unies pour les affaires humanitaires  (OCHA), le 15 février à Bangui, lors d’une rencontre avec les journalistes sur la situation humanitaire dans le pays en 2012 et 2013.

Dans ces régions sous contrôle des rebelles, les locaux des écoles sont utilisés comme de bases aux rebelles qui détruisent les bâtiments, les matériels didactiques et les tables-bancs sont utilisés comme bois de chauffe.

« Ajouté à ce qui est détruit dans nos provinces, je peux affirmer qu’il n’existe presque plus une éducation nationale dans notre pays et pourtant nous avons un ministère de l’éducation nationale », a réagi un parent d’élèves.

Toutefois le RJDH a tenté d’entrer en contact avec les autorités compétentes mais ceux-ci n’ont pas donné de suite. L’Association des parents d’élève de Centrafrique également n’a pas donné sa version.

Advertisements
Comments
One Response to “Bangui : L’état des écoles très déplorable en République Centrafricaine”
Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. […] Dans le cadre de sa mission et sa philosophie « Tout pour enfant avec amour pour avenir », compte réaliser d’autres projets dans l’intérêt des enfants de Centrafrique. Des efforts et des bouées d’espoir qui se profilent à l’horizon pour l’éducation nationale, quand on sait que dans certaines régions du pays, l’éducation dépérit. (voir le lien https://reseaudesjournalistesrca.wordpress.com/2013/02/26/bangui-letat-des-ecoles-tres-deplorable-en-…). […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • Entrez votre adresse email pour suivre ce blog et recevoir les notifications de nouveaux messages par email.

    Rejoignez 4 458 autres abonnés

  • RJDH – RCA

  • Avec le soutien de:

  • Internews

    Internews est une organisation internationale à but non lucratif dont la mission est de supporter les médias locaux dans le monde entier pour donner aux gens les nouvelles et les informations dont ils ont besoin, la possibilité de se connecter et les moyens de faire entendre leur voix. Internews soutient financièrement le Réseau des journalistes pour les Droits de l'homme et il n'est pas responsable des choix éditoriaux que le Réseau des journalistes pour les Droits de l'homme fait en termes de contenu.
%d blogueurs aiment cette page :