Bangui : L’exode des musulmans s’accélère

Menacés de mort, les musulmans sont de plus en plus nombreux à quitter Bangui et essayer de rejoindre les pays limitrophes. 

Le lynchage à mort mercredi d’un homme suspecté d’être un soldat rallié aux ex-Séléka par des militaires a-t-il provoqué l’exode massif de plusieurs milliers de civils musulmans vendredi à Bangui ? Depuis plusieurs mois, les musulmans, étrangers comme centrafricains, fuient le pays harcelés, pillés et torturés au quotidien par une population à majorité chrétienne et qui les soupçonnent d’être de mèche avec les ex-Séléka qui avaient pris le pouvoir en mars 2013, plongeant le pays dans un cercle infernal de violence. Mais cette fois, l’ampleur de la désertion est frappante. Sous les insultes de foules en colère, un imposant convoi de camions et taxis lourdement chargés de civils et de leurs biens a quitté la capitale, rapportent les journalistes sur place.

« Nous avons vu plusieurs centaines de véhicules quitter Bangui. Il y en avait tellement qu’on ne pouvait pas les compter », raconte Peter Bouckaert, directeur des situations d’urgence à Human Rights Watch, joint par France24. Selon lui, il y avait « au moins 10.000 personnes » venues des quartiers musulmans de Bangui, dont PK5, mais aussi « la totalité de la communauté musulmane de Mbaïki », ville située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale. Toujours selon son témoignage, le convoi était « escorté par des soldats des forces spéciales tchadiennes, des unités d’élites des forces spéciales ».

La colonne a remonté dans la matinée l’axe menant à la sortie nord de la ville pour la frontière tchadienne, via Sibut et Kaga-Bandoro, non sans heurts. Un homme est tombé d’un des véhicules et s’est fait lyncher. Selon un photographe de l’AFP, le corps démembré de la victime gisait encore sur le bord de la route en fin de matinée. Un autre camion du convoi a également été attaqué par des miliciens chrétiens anti-balaka, rapidement dispersés par des tirs de somation de la force africaine, présente sur l’axe routier, toujours selon un journaliste de l’AFP.

Les mesures de cantonnement et de désarmement des anciens rebelles a entraîné des représailles violentes contre les musulmans dépossédés de la seule autorité qui pouvait les défendre. Les soldats français de l’opération Sangaris ne sont pas assez nombreux pour contrôler toutes les zones, et les forces africaines sont moins bien formées… Vendredi, Médecins sans frontières (MSF) a dénoncé « l’extrême violence qui prévaut depuis près d’un an » soulignant que celle-ci avait atteint « des niveaux intolérables et sans précédent ». « À Bangui, combats et pillages ne cessent pas. Pour le seul mois de janvier, MSF a pris en charge près de 1.650 blessés, victimes de violences et issus des deux communautés […] la population chrétienne est elle aussi concernée par la violence. »

Cameroun, Tchad, République du Congo, pays d’exil forcé

En tout, depuis décembre 2012, le nombre de réfugiés dans toute la région a atteint le nombre de 246.000, selon HCR. Ces dix derniers jours, près de 9.000 personnes de différentes nationalités mais pour la plupart musulmans ont fui vers le Cameroun venant s’ajouter au 20.000 déjà présents, selon une porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unis. Sur les 8.762 personnes dernièrement enregistrées par le HCR, plus de la moitié sont des Centrafricains. Les autres sont des Tchadiens, des Camerounais, quelques Nigérians et Maliens. Il s’agit majoritairement de femmes et d’enfants. A Kentzou où la plupart arrivent, les conditions sont précaires, avec un hébergement dans des familles, dans des mosquées, un stade ou dans la rue. L’agence onusienne est en train d’aménager un site d’accueil qui a été désigné par les autorités.

En République Démocratique du Congo, ils sont maintenant plus de 60.000. Depuis samedi dernier, 1.500 nouveaux réfugiés sont arrivés et ils sont plus nombreux chaque jour.

D’autres groupes de musulmans font également le chemin inverse, fuyant les villes de province où ils sont régulièrement attaqués pour se réfugier notamment à l’aéroport de Bangui, où ils sont près de 4000 à espérer pouvoir quitter le pays dans les prochaines semaines.

Dans la capitale Bangui, plus de 400.000 personnes vivent dans des campements de fortune avec un risque majeur de choléra et d’autres maladies, note le HCR.

Source : Sarah Diffalah avec agences – Le Nouvel Observateur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • Entrez votre adresse email pour suivre ce blog et recevoir les notifications de nouveaux messages par email.

    Rejoignez 4 458 autres abonnés

  • RJDH – RCA

  • Avec le soutien de:

  • Internews

    Internews est une organisation internationale à but non lucratif dont la mission est de supporter les médias locaux dans le monde entier pour donner aux gens les nouvelles et les informations dont ils ont besoin, la possibilité de se connecter et les moyens de faire entendre leur voix. Internews soutient financièrement le Réseau des journalistes pour les Droits de l'homme et il n'est pas responsable des choix éditoriaux que le Réseau des journalistes pour les Droits de l'homme fait en termes de contenu.
%d blogueurs aiment cette page :