Conférence de presse – Jeudi 06 février 2014

Boubacar Gaye, Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Centrafrique

Boubacar Gaye, Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Centrafrique

Verbatim de la conférence de presse du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en République centrafricaine et chef du Bureau Intégré des Nations Unies pour la Consolidation de la paix en Centrafrique (BINUCA), le général Babacar Gaye 

Le Général Babacar Gaye :

Bara ala koue (bonjour à tous) !

Vous vous souviendrez que lors de notre dernière rencontre, le 26 décembre 2013, je vous avais dit que nous passions un Noël dans la souffrance mais que nous devions aussi en faire un Noël d’espérance.

Alors avant de revenir sur les événements qui se sont passés depuis la dernière rencontre, je voudrais vous faire observer qu’entre le 10 octobre 2013 et le 28 janvier 2014, le Conseil de sécurité a adopté pas moins de trois résolutions sur la Centrafrique. La dernière résolution, la 2134 du 28 janvier 2014, je la cite : « se félicite de la nomination, par le Conseil National de Transition (CNT), de Catherine Samba-Panza aux fonctions de Chef de l’Etat de transition et de la nomination d’André Nzapayéké à celle de Premier ministre, ainsi que de la formation d’un Gouvernement de transition », fin de citation. Cette résolution est également celle qui approuve le déploiement d’une opération de l’Union européenne.

Enfin cette résolution est surtout la résolution des droits de l’homme, en ce qu’elle prend note de la nomination d’une experte indépendante et se félicite de la création d’une commission d’enquête internationale. Elle demande aux autorités de transition, lorsqu’il est fait état d’exaction, que des enquêtes soient ouvertes et que tous les auteurs de cette violation soient traduits en Justice. Enfin elle demande au BINUCA de constater les violations des droits de l’homme et les violations du droit international humanitaire sur l’ensemble du territoire.

Donc le Conseil de sécurité a une claire conscience de la situation grave dans laquelle se trouve le pays.

J’ai eu, à plusieurs reprises, l’occasion d’appeler l’attention des élites et de la population sur la nécessité d’un sursaut pour éviter la violence aveugle et la violence inutile à laquelle nous assistons aujourd’hui. Et cette violence se traduit, comme vous l’avez constaté, par un déchirement du tissu social, par une perte de repères sans précédent dans ce pays.

Je salue à cet égard le volontarisme de la Présidente. Mais les incidents qui ont suivi hier sa visite de rémobilisation des FACA sont des incidents révélateurs mais également des incidents inadmissibles. Ils doivent faire l’objet d’enquêtes et de sanctions exemplaires.

La communauté internationale est au chevet de la Centrafrique, c’est le sens de la 2134. Il faut que tous les Centrafricains soient au chevet de leur propre pays.

Je vous remercie.

Questions/Réponses

Radio Centrafrique : Certaines ONG internationales accusent le contingent tchadien de la Misca de travailler de commun accord avec la Séléka, qu’est-ce que le BINUCA en pense ?

Babacar Gaye : Nous avons déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, de répondre à cette question. Nous n’avons pas le projet d’être le juge de paix sur cette question. Les populations, à plusieurs reprises, ont exprimé leurs sentiments sur le comportement et les modes opératoires du contingent tchadien de la Misca. C’est la responsabilité des populations.

Ce que nous observons, c’est que le contingent tchadien évolue dans un cadre. C’est cela qui, aux Nations Unies, nous importe. Ce cadre est d’abord celui de la FOMAC ensuite celui de la Misca. C’est à ces autorités qu’il appartient de veiller à ce que le contingent tchadien exécute le mandat, rien que le mandat et tout le mandat qui lui est donné par les autorités supérieures.

J’observe que le Tchad a souffert de la crise, puisque vous avez observé que les populations tchadiennes ont été rapatriées vers leur pays, dont certaines ont été installées depuis très longtemps. Au moins elles partagent avec les populations centrafricaines cette souffrance. J’observe ensuite que le Tchad a été, à plusieurs occasions, au chevet de la Centrafrique sous des formes diverses dont la dernière est le sommet extraordinaire de N’Djamena où tous les Chefs d’Etat de la sous-région se sont investis.

Aux Nations Unies, nous sommes dans une attitude de solidarité et invitons à la solidarité autour de la crise centrafricaine. Et nous invitons les populations à de la lucidité vis-à-vis du comportement des autorités et du comportement des militaires tchadiens, également à de la lucidité vis-à-vis des autorités militaires. Je crois savoir que le précédent général, commandant de la force, le général Akaga a eu à rapatrier des soldats qui ne s’étaient pas correctement comportés.

Journal ‘Le peuple’ : Ma question est de savoir si, de manière personnelle, vous êtes d’avis que les Casques bleus puissent appuyer les forces en présence en République centrafricaine. Si oui, quelles sont les raisons de cette motivation ? Ma seconde question est de savoir où en sommes-nous avec les enquêtes souhaitées par les Nations Unies pour traquer ceux qui sont en train d’exercer la violence sur la population ? 

Babacar Gaye : Je commencerai par la deuxième question. Dans la 2134, le Conseil de sécurité nous invite à demander aux autorités centrafricaines de mener des enquêtes, chaque fois que des violations de droits de l’homme et de droits international humanitaire et les exactions auront été constatées. Nous ne manquerons pas de le faire. Il nous invite également à apporter notre assistance aux autorités judiciaires et nous ne manquerons pas de le faire. Il demande également, autant que faire ce peux, de préserver l’état des lieux où des exactions, des violations des droits de l’homme auront été constatées. Ça aussi nous ne manquerons pas de le faire.

S’agissant de votre première question, mon avis personnel est un avis qui s’inscrit dans celui des autorités pour lesquelles je travaille, à savoir le Secrétaire général dont je suis le Représentant spécial.

Le Secrétaire général a reçu mandat du Conseil de sécurité de lui faire rapport, avec la mi-mars, sur les possibilités des conditions de déploiement d’une opération de maintien de la paix. Nous avons actuellement une équipe qui est venue préparer le rapport du Secrétaire général et cette équipe est composée de personnels des Nations Unies et de l’Union Africaine. Il s’agit de faire en sorte que le partenariat entre l’Union africaine et les Nations Unies sorte renforcer de cette transition entre mission africaine et mission onusienne qui est d’ailleurs une partie intégrante du concept de soutien aux opérations de paix de l’Union africaine. Je vous demande d’être un peu patient. Le Secrétaire général fera rapport au conseil au début du mois de mars et en ce moment je pourrai répondre à votre question.

Reuters : Hier après la rencontre de la Présidente avec les militaires il y a eu un lynchage collectif auquel nous avons assisté. Cela devant certains éléments de la Misca, pourquoi n’ont-ils pas réagit ?

Babacar Gaye : C’est une question qu’il faut poser à la Misca. Ils seront en mesure de vous répondre. Je pense que c’est votre appréciation qu’ils n’ont pas réagi. Ils vous répondront sur les circonstances et également sur leur perception.

Ce que je peux dire pour apporter mon soutien à la Misca c’est que toutes les opérations de sécurisation qui se passent actuellement dans la ville de Bangui souffrent de l’absence de deux chaînons dans une chaîne de sécurisation. Je parle de mon expérience d’ancien commandant de force.

Il manque tout d’abord des forces de police et de gendarmerie nationale, parlant la langue du pays, connaissant les dynamiques internes et connaissant bien le pays. Deuxièmement il manque la Justice. Il ne peut pas y avoir de sécurité s’il n’y a pas de Justice. Si les gens qui commettent des exactions et ces violences ne font pas l’objet d’enquêtes, sont arrêtés, en jugement et en prison. Il est urgent qu’une chaîne pénale efficace soit constituée dans ce pays. C’est cela qui permettra à la Misca de d’apporter des bénéfices. Cela servira à la Misca de multiplicateur de forces. S’il n’y a pas cette Justice, l’action de la Misca apparaîtra toujours comme incomplète.

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